Histoire du Collège

A l’origine, une école primaire

C’est en 1883 que les Sœurs des Filles de Marie de Pesche créèrent à Eghezée l’école primaire des filles, leur 111ème maison. Les Filles de Marie de Pesche trouvent leurs origines vers 1800 dans la volonté de l’abbé Baudy, curé de Pesche, de fonder une congrégation religieuse pour enseigner et éduquer chrétiennement la jeunesse et spécialement les enfants pauvres. En 1835, Monseigneur Jean-Arnold Barett, évêque de Namur (1833-1835), approuva la règle de la Congrégation dont la maison-mère se trouve toujours à Pesche (province de Namur).

L’école d’Eghezée, consacrée au Sacré-Cœur de Jésus, sera adoptée par la commune. En 1903, la paroisse vend pour la somme de 6 000 francs les classes et le logement des Sœurs au comte de Brouchoven de Bergeyk d’Anvers qui les louera ensuite à l’école. En 1907, l’école compte trois classes: une classe gardienne et deux classes primaires.

L’abbé

L’abbé Nestor Noël, nommé curé d’Eghezée en 1948, est l’initiateur du développement important de l’enseignement libre dans la commune. Pratiquement jusqu’à sa mort en 1995, il en sera le grand coordonnateur. L’école fondamentale libre d’Eghezée porte d’ailleurs aujourd’hui son nom. Sans plan préétabli, il souhaitait ouvrir le plus largement possible l’enseignement libre dans sa nouvelle paroisse. Pendant plusieurs années, il assura même la direction de l’école secondaire des filles et, plus tard, de celle des garçons. Les anciens se souviennent notamment de certaines délibés qui se déroulaient au presbytère et parfois même le dimanche.

L’abbé Noël (1908-1995)

L’abbé Noël était de ces hommes totalement investis dans leurs projets, exigeant des autres le même engagement. Il n’aura de cesse d’assurer la viabilité de « ses » écoles tant au niveau de l’infrastructure que des finances. Sa plus belle réussite dans ce domaine est la création en 1949 de la foire commerciale et agricole d’Eghezée dont tous les bénéfices étaient destinés aux écoles. Cette foire, qui se déroule au mois d’août, deviendra au fil du temps l’une des plus importantes de Wallonie: elle mobilisait des centaines de « bénévoles » dont les enseignants qui y consacraient une part importante de leurs vacances. Avec l’achat de différents terrains, le champ de foire actuel couvre près de trois hectares, situés à côté des écoles fondamentale et secondaire. La foire d’aujourd’hui, gérée par une ASBL, si elle garde les mêmes objectifs, a progressivement adapté sa formule pour mieux correspondre aux attentes du public et au personnel bénévole disponible. De nombreuses autres initiatives ont aussi été lancées pour assurer la charge financière des achats et des constructions: emprunts auprès de particuliers, fêtes des mères, corso fleuri, bal à la Bourse du commerce à Namur, etc.

 

1948: année-clé

En août 1948, l’abbé Nestor Noël est désigné comme curé d’Eghezée par Monseigneur Charue, évêque de Namur (1941-1974). La situation de l’enseignement libre dans la commune n’est pas bonne: l’école fondamentale libre pour les filles est à la limite de la viabilité. De plus, l’Etat a décidé d’ouvrir cette année-là une école moyenne et de reprendre l’école communale primaire pour garçons en y instaurant la mixité. Pour contrer cette concurrence, l’abbé Noël, avec l’accord de l’Evêché, accueillit des garçons dans son école primaire pour filles sans ouvrir pour autant des classes mixtes. En 1950, une école primaire libre pour garçons est créée. Dès 1949, pour permettre aux filles sortant de 6ème primaire de continuer des études, l’abbé Noël élargit l’offre d’enseignement à un quatrième degré.

En juillet de la même année, il acquit son premier terrain pour y construire une salle paroissiale, mais la nécessité lui imposa d’y construire une classe et, aujourd’hui encore, Eghezée ne dispose pas de salle paroissiale!

L’Institut Saint-Joseph

A la rentrée de 1950, deux nouvelles écoles libres furent ouvertes à Eghezée sur le même site que l’école primaire des filles: l’école primaire des garçons dont nous venons de parler et l’Institut Saint-Joseph, une école moyenne pour filles. L’abbé Noël assura la direction de cet établissement secondaire jusqu’en 1958. Cette école organisa d’abord le cycle inférieur des Humanités modernes et, à partir de 1952, une section familiale dont la grille horaire (néerlandais, comptabilité, sténo-dactylo) donnait des perspectives d’emploi intéressantes. Deux années de professionnelles couture furent aussi organisées, mais la non-reconnaissance par un certificat fit arrêter le projet après quelques années.

Ces ouvertures nécessitaient de nouveaux locaux qui furent construits dans les premiers temps pratiquement chaque année. Ainsi, en 1953, des classes furent aménagées dans les chambres des Sœurs, réduisant leur espace dortoir à la partie congrue. En 1952, après de nombreuses tribulations, les bâtiments des écoles furent donnés à la paroisse par les héritiers du comte de Brouchoven de Bergeyk d’Anvers.  En 1954, deux maisons contiguës aux écoles, siège de la Société Générale de Banque, furent achetées: l’une deviendra l’habitation des religieuses et l’autre, salle de gymnastique, réfectoire et local du patro.

Mais ces achats et constructions auxquels s’ajoutait le coût du transport scolaire assuré par les écoles nécessitaient des finances importantes alors qu’on était en période de vaches maigres: d’où la nécessité d’organiser des quêtes de porte à porte; c’était l’époque d’« Ecole et famille» et de l’engagement massif de parents et de sympathisants de l’enseignement libre!

En juillet 1958, les Sœurs des Filles de Marie de Pesche quittèrent Eghezée pour reprendre à Couvin une maison tenue par les Religieuses de la Providence de Champion qui, elles, s’installeront à Eghezée. Cet échange décidé en novembre 1957 était le résultat de l’action de Monseigneur Blaimont, vicaire épiscopal de l’enseignement, qui souhaitait une réorganisation des écoles et des congrégations. Le 6 juillet 1958, la paroisse célébra, lors d’une grande fête, l’action des Religieuses de Pesche, et particulièrement de sœur Marie de Saint-Antoine présente à Eghezée depuis 1907 et supérieure depuis 1926.

Les bâtiments ont pris de l’ampleur

Avec l’arrivée des Sœurs de la Providence, la direction de l’école fut confiée à des Religieuses jusqu’à la fusion de 1996 : sœur Christiane de 1958 à 1962, sœur Alexandre de 1962 à 1965 et ensuite sœur Cécile de 1965 à 1996. Cette dernière fut l’âme de l’école pendant plus de trente ans ; elle se fit également connaître par le combat qu’elle mena, à partir de 1983, pour obtenir des normes préférentielles pour les écoles rurales.

Le spectacle des 30 ans de l’Institut Saint-Joseph et le célèbre quadrille des lanciers

En 1961, la grande prairie de la foire est acquise, résultat d’un échange de terrain et, l’année suivante, c’est l’ancienne râperie avec un terrain de plus d’un hectare qui est acheté à la Raffinerie tirlemontoise et à une autre société de la même localité, site sur lequel s’édifieront progressivement les  bâtiments du secondaire. Cette râperie de betteraves avait été créée en 1871; ses activités ont été déplacées à Longchamps en 1959.

La râperie d’Eghezée. On aperçoit sur le côté gauche de la photo un grand bâtiment où se trouvaient les bureaux et, à l’étage, l’habitation du chimiste de la société ; il est aujourd’hui occupé par des classes et des laboratoires

Nouveau développement de l’enseignement libre à Eghezée: en 1964, l’abbé Noël crée une école moyenne pour garçons, le Collège Saint-Hubert, dont il sera le directeur jusqu’en 1975. Il passera ensuite le relais à Fernand Renard, lui-même remplacé par André Joiret de 1986 à 1996. C’est le degré inférieur des Humanités modernes qui y est organisé; les cours se donnent d’abord sur le site des écoles primaires et de l’Institut Saint-Joseph. On y est bien sûr fort à l’étroit, mais cela ne dure pas trop longtemps: peu après la rentrée de 1965, le collège et l’école primaire des garçons emménagent dans un bâtiment tout neuf édifié à l’emplacement de l’ancienne râperie dont il ne reste plus qu’une construction qui sera d’abord occupée par le concierge des écoles et puis, au début des années ’80, par des classes et des laboratoires. La rue de la Râperie sera logiquement rebaptisée rue du Collège.

Entre 1973 et 1977, une section professionnelle « Travaux de bureau » mixte a été organisée au Collège Saint-Hubert.

Vue aérienne d’Eghezée en 1965 : on aperçoit à l’avant plan l’église et, à sa gauche, les bâtiments des Instituts Saint-Joseph (primaire et secondaire) ; dans le fond, à droite, le terrain de la râperie et les premiers travaux de construction du Collège Saint-Hubert

L’école fondamentale pour filles, qui comptait des classes gardiennes mixtes, et l’école primaire pour garçons fusionnèrent en 1971 tout en restant chacune sur leur implantation avec des classes non mixtes.

En 1974, l’ASBL « Pouvoir organisateur de l’enseignement libre cat holique d’Eghezée » est constituée avec l’abbé Noël comme président; elle gérera dorénavant l’école fondamentale mixte et les deux écoles secondaires. Notons que la Congrégation des Sœurs de la Providence de Champion n’était pas représentée dans ce PO alors que la direction d’une des trois écoles était assurée par une religieuse de cette congrégation.

Les bâtiments du Collège Saint-Hubert avec, à gauche, les bureaux de la râperie transformés en classes et en laboratoires

 1977, l’introduction du rénové

L’entrée dans le rénové en 1977 va donner aux deux établissements secondaires de nouvelles perspectives: plusieurs options vont être ouvertes tant dans la transition que dans le technique et le professionnel. Les deux écoles ne sont pas mixtes et ne proposent pas le même panel d’options: la possibilité est alors offerte aux élèves de l’autre sexe de fréquenter dans l’autre établissement les cours de l’option non organisée dans leur propre école. Avec le rénové, l’Institut Saint-Joseph va aussi pouvoir devenir une école à 6 ans avec un troisième degré mixte ouvert en 1981 et le collège Saint- Hubert une école à 4 ans. Ils formeront pour ce faire un CES avec les écoles secondaires de Saint-Berthuin à Malonne.

En septembre 1977 aussi, nouveau déménagement: l’Institut Saint-Joseph occupe sur le site de la râperie le nouveau grand bâtiment perpendiculaire au premier ; les garçons du primaire hébergés dans les bâtiments du Collège Saint-Hubert peuvent ainsi retourner dans les locaux près de l’église, rue de Mehaigne, libérés par les filles du secondaire : l’école fondamentale Saint-Joseph devient à partir de cette date effectivement mixte. Par contre, les deux écoles secondaires non mixtes se partageront la même cour de récréation!

Le premier bâtiment de l’Institut Saint-Joseph avec, dans son prolongement à sa gauche, la chapelle construite en 1994, et aujourd’hui transformée en bibliothèque

Les premiers rhétos sortiront de l’Institut Saint -Joseph en 1983. Une 7ème professionnelle complètera l’offre d’enseignement en 1988.

L’augmentation de la population impose encore des agrandissements: en 1985, l’édification d’un bâtiment qui occupe le 3ème côté de la cour de récréation et dont le rez-de-chaussée est un préau ; en 1989, l’élargissement du premier bâtiment ; et, en 1991, la construction d’un hall omnisport destiné à l’ensemble des élèves du primaire et du secondaire.

De 1992 à 1996, des cours en promotion sociale d’informatique et de langues modernes sont donnés dans les locaux de l’Institut Saint-Joseph, en tant qu’antenne de l’ITN.

A la fin de l’année 1994, l’abbé Noël quitta toutes ses fonctions au niveau des écoles après 46 années de total investissement pour la cause scolaire et la création d’un centre scolaire comptant près de 1 000 élèves !

 1996, la fusion

Les nouvelles normes imposées par la ministre Onckelinx n’étaient rencontrées par aucune des deux écoles secondaires : on comptait, au début octobre 1995, 338 élèves pour l’Institut Saint-Joseph et 184 pour le Collège Saint-Hubert : la fusion était inévitable ! C’est la forme administrative « fusion égalitaire » qui fut retenue par le PO et, à la rentrée 1996, les deux écoles largement imbriquées tant au niveau des enseignants, des élèves que des bâtiments n’en firent plus qu’une avec un nom qui rappelait les deux anciennes: « Centre scolaire Saint-Joseph et Saint-Hubert ». Suite aux départs pour des raisons différentes des deux directions, Maryse Dubuisson, venant de l’Institut Sainte-Marie de Jambes, fut engagée comme directrice. Elle fut remplacée en 2000 par Bernadette Pauchet qui céda sa place à Patrick Bartkowiak en 2007. Grâce à l’augmentation de la population, un poste de sous-direction fut créé en 2003 et confié à Marie-Thérèse Bayet et, depuis 2004, à Françoise Hamoir.

La fusion permit aussi une meilleure gestion du NTPP, notamment au niveau de l’enseignement de transition. L’offre d’enseignement actuelle couvre les 3 degrés et les différentes filières : un premier degré commun et un premier degré différencié ; en transition, les options latin, sciences et sciences économiques ; en technique de qualification, un 2ème degré en gestion et en électromécanique, un troisième degré en technicien de bureau et en électricien automaticien ; en  professionnel,  un  2ème  degré en services sociaux et en mécanique polyvalente, un 3ème degré en aide familial(e) et en métallier soudeur.

En 2000, le préau situé sous le 3ème bâtiment construit en 1985 fut fermé pour y installer des ateliers et l’économat.

Le hall omnisport construit en 1989

En 2008, l’ASBL « Association des œuvres paroissiales du doyenné de Leuze » céda en bail emphytéotique l’ensemble du patrimoine scolaire d’Eghezée à la Société patrimoniale d’administration des bâtiments scolaires catholiques de la province de Namur (SPABSC Na), ce qui permit au PO d’entreprendre en 2009 de grands travaux de rénovation des constructions de son école fondamentale, subsidiés à 70 % par la Communauté française et d’être ainsi le tout premier PO de l’enseignement libre à profiter des avantages liés aux SPABSC.

 

Philippe MOTTEQUIN

Sources :

  • Archives de la congrégation des Filles de Marie de Pesche et de la congrégation de Sœurs de la Providence de Champion ;
  • Différents témoignages ;
  • Mémoire de l’entité d’Eghezée, Eghezée-Tête de fusion, Liernu, 1987, pp. 93-103.